Portraits

transcription

[musique intro]

 

Bienvenue, c’est Suzon, vous écoutez l’épisode portraits. Bonne écoute. 

 

[musique]

 

Peut-on décrire le charme d’une rencontre ? Comment se décrire ou décrire les autres dans leur personnalité et dans leur manière d’être au monde, de s’y engager ? 

 

On est très reconnaissantes de toutes les belles personnes que l'on a rencontrées au cours de notre itinérance, qui nous ont offert du temps, qui nous ont ouvert les portes de leur quotidien. Cet épisode est une ode à la diversité de ces personnalités, que nous avons parfois fait coexister dans les épisodes alors qu’elles ne se connaissent pas. Dans les mots, la poésie des caractères de nos interlocuteurs et interlocutrices, dans leurs points communs et dans leurs différences. 

 

Pour ce dernier épisode, vous reconnaitrez des voix et des histoires familières. On préfère vous laisser les entendre sans interruption. 

 

[Clément :] Moi ce qui m’intéresse c’est l’extériorité. Comment créer de l’extériorité aussi dans ce lieu-là qui, par ailleurs, dans sa dynamique peut aussi souvent, à mes yeux, selon moi ce que je conçois comme un enfermement un peu d’habitude, peut-être idéologique. Mais quand on dit idéologique on n’en n’est pas à comparer l’idéologie marxiste-léniniste avec ce que l’on fait ici. Mais comme aussi beaucoup de personnes sur le quartier sont des gens qui se veulent dans une rupture, un peu genre « stop on arrête tout on se met en rupture », on dirait « radicale » mais en fait elle l’est pas parce que si tu veux une rupture radicale t’irais dans les bois et tu ne parlerais plus avec personne si on prend la logique jusqu’au bout. La radicalité c’est prendre aux racines les problèmes en fait on en prend peu vraiment c’est juste impossible. Ça c’est pareil c’est une belle phrase mais elle se contente juste d’être un espèce de terme mobilisateur puis en fait si tu regardes de près c’est assez poussif et un peu minable. Mais euh… ouais je suis quelqu’un qui… en fait c’est marrant que vous disiez ça parce que sur le quartier c’est un peu difficile de savoir ce que l’on fait parce que aussi hyper polyvalent. C’est aussi le pari. Et ça on acte ni plus ni moins, sans en avoir lu si vous voulez, on va dire les doctrines (si doctrines il y a) anarchistes sur la question de l’autogestion, sur cette manière en fait de créer des dynamiques horizontales, de ne pas trop se spécialiser et en même temps c’est des tendances, on a aussi des facilités. L’un va aller là, moi forcément comme je suis complètement crac de bouquins et puis de la gamberge bien évidemment en fait ça va être un peu mon domaine quoi. Ce qui m’importe plus c’est la vérité des gens dans leur biographie. Ce qu’on appelle « les chemins de vie ». Moi ce qui m’intéresse c’est comment les gens se construisent, c’est quoi les éléments. Alors bien entendu, il y a plein d’outils, psychanalyse, psychologie, etc. Mais à mes yeux cohabiter avec les autres ça demande de faire de la psychologie et pas de la psychologie et pas de la psychologie de comptoir. 

En fait moi c’est assez rigolo parce j’applique quelques règles tiré d’un penseur qui s’appelle Josep Rafanell i Orra qui avait sorti un bouquin qui s’appelle Fragmenter le monde pour l’insurrection du monde qui vient ou un truc comme ça… c’est toute la clique du Comité invisible qui comme dans ce milieu-là, et des trucs super influent hein. On ne mesure pas à quel point ça a marqué les consciences – et puis après on sait pas trop quoi en faire de tout ça mais que ça a été ouais des choses fort attractives ou désirantes. 

Dans ce bouquin là et dans un autre bouquin qu’il a sorti après qui s’appelle Itinérances, (…) Lui il dit, il a écrit ça avec un autre mec qui s’appelle Marcello Tarì – qui est pareil un commentateur politique des années 70 italiennes un peu zinzin qui font très… de la théologie révolutionnaire, c’est marrant c’est vraiment un exercice de style si on veut c’est un peu comme de l’art contemporain quoi mais par contre y a des choses… Et par exemple moi j’applique des choses que Josep, il met en avant c’est le côté, créer des itinérances donc comment faire se rencontrer les mondes et donc il faut être mobile.  Ils disent s’il faut être révolutionnaire c’est de comprendre les possibles des rencontres. Parce que le postulat c’est de dire ok il n’y a plus d’unité possible (le mouvement ouvrier est complètement remis en question, il n’y a plus d’instances de représentativité convaincante, genre le travail est complètement fragmenté, on est en train de s’américaniser à mille à l’heure on ne le remarque même pas. On a encore le projet commun de tenir l’état-providence mais qu’est-ce qu’on fait pour le maintenir ? Rien. On n’a plus de pouvoir sur la politique parce qu’on n’en veut pas de la politique ; on ne veut pas voter. En fait nous, on précipite les événements, les gens qui précipitent l’histoire c’est ceux qui ne votent pas. Le fait de ne pas voter nous déresponsabilise…  On est responsables de l’arrivée de Macron au pouvoir. On est tous responsables. Pour moi on est tous responsables dans le sens qu’on ne respecte pas le vote. Le vote c’est un moyen et pas une finalité. On accélère le processus de dégradation. En fait on avait des possibilités de faire des choses mais comme il y a un déni du politique parce que les gens prennent au premier degré « oui mais moi je mets en fait une partie de mon âme dans le vote » mais alors n’importe quoi tu mets un bout de papier sur lequel y a un mot et que cette réalité-là elle pourrait venir pousser quelque chose. Au niveau des assemblées par exemple. Tu vois là par exemple il va y avoir les assemblées régionales. On ne mesure pas à quel point il y a de la thune en fonction de la sensibilité politique qui va être plutôt investie dans la vidéo surveillance ou dans le social. Mais là non les gauchistes ils s’en foutent. Ils vont être dans la rue, ils vont rien faire, on n’a aucune opération de transformations.

Moi mon engagement c’est plutôt de créer des ponts, des relations. Rencontrer machin, qui travaille sur telle·s question·s. Et pour moi c’est primordial de bouger et de voir les autres luttes. Pas pour montrer qu’il y a de l’unité mais pour montrer en quoi il y a des différences et des choses communes et en quoi il y a des variants et des invariants. Et de voir en fait c’est quoi… comment on fait pour pas se tromper en fait. Parce que parfois on fait une unité de tons et de fronts qui est faux. On veut un même monde mais comment on agence ça quoi ?

 

[musique]

[Clémence :] Et un an après avoir eu notre diplôme, on est partis en voyage tous les trois. Faire un voyage un peu d’exploration, des vies communautaires et alternatives parce que, on aspirait en fait à un mode de vie qui soit plus solidaire, plus durable, et on savait pas forcément comment l’incarner. On avait des rêves, on avait des idées, mais on savait pas tout d’abord si c’était possible, et ensuite si ça nous convenait vraiment. On se disait qu’il y avait des gens qui avaient essayé, qui avaient ou pas réussi et puis on voulait aussi vérifier qu’on était pas juste dans nos projections et que, et que ça nous correspondait vraiment. 

[Nolwenn :] De créer des opportunités, enfin j’avais envie de sortir de ma zone de confort pour que y’ait des portes qui s’ouvrent parce que ça faisait un certain temps que j’étais un peu dans mon confort de vie à Grenoble, que je voyais pas énormément de monde. Je vivais beaucoup toute seule et je voyais des potes pour raconter ce que j’avais vécu seule et il y avait un peu ce truc-là… j’avais envie du coup là de me donner un nouvel élan et c’est pour ça que j’ai demandé un peu par hasard à Xavier si il y avait de la place et il se trouve qu’il y en avait. Et je n’ai pas été déçue hein ! De l’élan retrouvé et des portes que ça a ouvert. C’était assez incroyable. 

[musique]

 

[Anne-Laure :] Mais tu sais moi le fait d’être metteure en scène je pense que ça, ça a été un vrai truc. Parce que, quand t’es metteur en scène ton premier travail c’est forcément devant plein de gens quoi. Tu peux pas tâtonner dans ton coin, te planter tout seul, enfin t’es peintre tu fais tes toiles, tu les rates, tu les montres pas, tu les caches, tu fais n’importe quoi d’autre, tu n’es pas obligé·e de les montrer. La mise en scène … Déjà t’as des gens à qui il faut demander de faire des trucs puis après c’est devant un public quoi. 

 

[Lidwine :] De ne pas avoir qu’un seul modèle de réussite et comprendre aussi cette intrication entre réussite et échec par exemple. J’avais aussi ce principe, ce truc de faire de ce qu’on pourrait nommer des faiblesses des forces. Par exemple quelqu’un qui va être sur la lenteur. Et dire mais ça c’est une vraie force il faut pas se laisser dire qu’on est… que ça ne va pas assez vite, qu’on n’a pas assez travaillé... La lenteur c’est une vraie force parce que c’est un contre-courant de la société dans laquelle on vit ici en France et en Europe. De réussir à voir chez chacun et chacune des formes de singularités. Enfin voilà moi j’ai vraiment ce truc-là de dire « c’est quoi les singularités » et de le voir comme ça, et de ne pas rattacher ou de ne pas détacher si ça a déjà été fait auparavant des – ce qu’on pourrait appeler des valeurs morales, positives ou négatives. Ce qui peut être vu comme des caractéristiques et qui peuvent être travaillées. Voilà j’ai des exemples qui me viennent en tête. Par exemple, une étudiante qui travaille en ce moment avec des choses petites, ténues. Déjà de passer de petites à ténues par exemple on commence déjà à voir que ce ne sont pas les mêmes choses qui y sont attachées. En fait ce qu’elle n’arrivait pas à faire c’est… par exemple elle n’arrivait pas à imaginer des grosses pièces mais moi ce que je percevais c’est qu’elle n’arrivait pas à attacher à ce qu’elle était en train de faire, des valeurs positives, alors qu’elle travaille sur des liens qui ne se voient pas, des choses invisibles, immatérielles entre les choses et c’est ça sa matière. Ça ça demande à être valorisé. C’est ces endroits-là qui me passionne. Y a quelque chose à voir avec la confiance ça c’est certain mais de voir avec les personnes avec lesquelles je suis, les personnes qui étudient, qui cherchent, qui sont en train de chercher, de voir comment on peut le faire ensemble. Parfois je propose pleins de voies pour dire « ça peut être ça ça ça et ça en fait ». Même si des fois moi j’ai envie de donner une direction  - parce que je me dis « wow c’est génial ce travail » - mais je me méfie de ce truc-là mais je travaille aussi avec hein. Si j’ai une idée comme ça j’essaie de multiplier les possibles pour pas qu’il y ait qu’une seule voie. Après je fais aussi confiance à mes collègues pour donner d’autres voies et que la personne puisse choisir quelle est la sienne, y'a pas de souci pour ça on travaille les uns à côté des autres ou ensemble, les deux en général. 

 

[musique]

 

[Emy :] J’ai fait l’école d’art à Annecy. J’ai quitté l’école d’art y a 10 ans. En 2011, j’ai passé mon diplôme et je suis arrivée ici après. Et euh… J’étais dans le flou. J’étais dans le flou parce que l’école d’art ne nous a pas appris, on nous a pas expliqué ce que tu fais quand tu sors d’écoles d’art. Comment tu montes une entreprise, pourquoi tu montes une entreprise, est-ce qu’il faut monter une entreprise ? Où est-ce que tu le fais ? Moi Je suis arrivée ici, y a quelqu’un qui m’a demandé si je pouvais donner des cours de dessin, je me suis dit que c’était l’occasion. Ça faisait une paire d’années que je faisais des expos mais je vendais mais j’avais pas le droit, j’étais pas dans les clous et je me suis dit tiens ça sera l’occasion. Du coup j’ai demandé à des potes comment je m’installe dans les clous. J’avais une copine qui venait de le faire donc elle m’a emmené à la préf à Chaumont en demandant un numéro de SIRET et il n’y avait même pas la case qui nous correspondait en tant qu’artiste peintre machin. Du coup j’ai commencé comme ça et puis après l’un dans l’autre tu te dis que tu fais de la création et que pour gagner un peu de thune tu vas donner des cours, faire des interventions et donner des cours dans les écoles, à Simone, à machin à truc. On ne nous a pas montré… Je sais pas c’est comme si il y avait un truc qui m’avait échappé quoi. Je suis allée en art parce que je ne me voyais pas faire autre chose. En tout cas il y avait plein de choses que je ne me voyais pas du tout faire et en même temps… C’est peut-être aussi ce flou qui m’a aussi fait me lancer dans le maraîchage peut-être parce que si j’avais été plus cartésienne peut-être j’aurais vu tous les enjeux et je n’y serai pas allée. Je ne sais pas, je ne sais pas trop comment on peut expliquer les chemins qu’on prend. Après ce qui a été super c’est que du moment que j’ai décidé d’être maraichère, que je l’ai dit à mon chéri il m’a soutenu à 200% direct. C’était un peu son soutien dont j’avais besoin au début parce que s’il m’avait dit « ouais t’es tarée »... Ouais j’avais besoin d’un soutien. Et après tout s’est enchainé finalement. J’ai fait la formation, j’ai eu des copains qui sont venus m’aider à monter les serres, mon père qui a fait les plans des cabanes et qui a monté les cabanes avec moi. Les clients ont été là direct. Après j’ai beaucoup communiqué l’année de ma formation donc les gens m’attendaient. Je me suis rendue compte en ouvrant la vente qu’il y avait plein de gens qui étaient contents de trouver du local, du bio. Qui attendaient ça quoi. Là tu te dis « bah ouais fallait juste le faire quoi ». 

Il y a aussi oser. Avoir un peu d’audace ça fait pas de mal et ça entraîne de l'énergie. Il y a des jours où tu n’as plus d’énergie mais quand même. J’essaie d’être positive tout le temps.  Je suis un peu la meuf qui voit toujours le verre à moitié plein. Je pense que ça m’aide pour pas mal de trucs. Bon après faut pas se leurrer tout est foutu, tout est pollué… La politique ça ne va pas, je sais pas quel avenir pour vos enfants je n’en sais rien mais ça pue du cul grave mais on y croit. Je me dis toujours « allez on y croit, c’est foutu mais pas tout à fait ». 

[Dominique :] La question c’était pourquoi pas. Parce que dans mon cheminement de vie, c’est toujours pourquoi pas, enfin c’est souvent pourquoi pas. Parce qu’après tout, pourquoi rester toujours pareil, se cloisonner la vie, pourquoi pas se la décloisonner et découvrir d’autres choses. C’était déjà un commencement on va dire à l’époque. C’était pourquoi pas et à l’époque, il y avait une prise de conscience de ma part et de celle de mon père de se dire que l’agriculture conventionnelle, ou chimique, on l’appelle comme on voudra, elle avait déjà ses limites. On découvrait déjà pour nous personnellement ses limites. Plus on avançait dans le temps, plus on déplaçait les problèmes et on ne les résout pas ou alors on les résout pour en créer d’autres… C’était toujours une fuite en avant, de cascades en cascades on n’arrivait pas à résoudre les problèmes donc l’agriculture chimique était une utopie à l’époque. Enfin on la voyait comme ça. Parce que moi j’ai connu l’agriculture chimique, j’étais enfant. On employait très peu de chimie et ça allait bien. Mais la chimie appelle la chimie, c'est-à-dire qu’on déplace des problèmes. On déplace et on multiplie. Ce que l’on faisait à l’époque, même des fois aujourd’hui je reçois des gens qui sont en école d’agriculture, des jeunes, je leur explique comment on pratiquait l’agriculture chimique à l’époque et ça n’a rien à voir avec celle qui est pratiquée aujourd’hui.

Non mais parce que moi je suis parti un peu dans l’artistique, enfin c’est un grand mot de dire ça mais je pense que, pour moi l’art peut – parce qu’on est dans une société complètement bloquée. Je vois qu’elle est bloquée et ça fait un bout de temps et elle ne se débloque pas parce qu’on veut que ça aille trop vite- et je pense que l’art peut faire changer les choses. Plus j’avance dans le temps, plus j’en ai la certitude. Parce que l’art joue sur plusieurs tableaux. Il y a l’histoire du loisir, c’est un fait : on va voir une pièce de théâtre, on va voir un film, on va voir un spectacle, on pense à la distraction mais on peut faire passer des messages et des messages très fort mais encore faut-il savoir le faire, c’est tout un art. C’est un art de plus. Ça on peut le faire. Et on peut faire changer beaucoup de choses. Je pense que les artistes… enfin aujourd’hui je vois des artistes qui l’ont compris ça. Ils font passer des messages, peut-être pas des messages subliminaux, mais je pense qu’ils font passer des messages, des directions, et je pense que ces dernières années ça a pris encore plus d’ampleur.

[Martine : ] je suis spécialiste de rien. C’est vraiment… C’est pas le diplôme qui fait l’homme… ou la femme. C’est sa curiosité, ses connaissances, son émerveillement. Enfin il y a énormément de facteurs qui joue mais je suis spécialiste de rien enfin. 

 

[musique]

 

[Marie-Hélène :] Je suis comme je suis sans regarder, enfin, sans être inquiétée par la norme, par l’autre, par son regard, et en ça votre, mais je le dis vraiment, mais vraiment sincèrement, votre, même, mais je vais pleurer ! Votre rencontre elle s’inscrit aussi là-dedans. Quand je suis rentrée ma mère elle me dit « Alors, t’es pas inquiète? » « Arrête, me fous pas la pression! Bien sûr que je suis inquiète, elles vont m’interviewer, c’est horrible ! Tu le sais bien». Du coup je lui dis « mais je sais pas, j’les trouve vraiment chouettes ces deux mômes-là, je les aime vraiment bien. » Je sais pas c’est comme une simplicité comme ça, alors enfin de ce que je vois j’aime ça et je me pose pas d’autres questions. 

[musique]

C’était le dernier épisode d’Habiter. Vous l’aurez compris au fur et à mesure de vos écoutes: on aime que les choses infusent, on aime laisser aux idées le temps de germer ou de prendre racine. On espère donc que les idées, les trajectoires, les histoires de celles et ceux que vous avez entendu·es ici accompagneront encore pendant un moment vos cheminements. 

 

[musique outro]

Vous venez d’écouter l’épisode Portraits du podcast Habiter.

Les extraits viennent d’entretiens menés par Anaëlle et Suzon avec Clément, Clémence, Nolwenn, Anne-Laure, Lidwine, Emy, Dominique, Martine, et Marie-Hélène.

Sélection des extraits et montage par Suzon, Script par Anaëlle et Suzon. 

La musique a été composée par Quentin Pancher. 

C’est Suzon qui a fait la voix off. 

Merci pour votre écoute. 

 

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